Bertrand Cantat psychologie politique face à l'indicible

Bertrand Cantat, psychologie et politique face à l’indicible

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Mars 2018. Bertrand Cantat est synonyme d’assassin pour certains militants féministes et d’artiste persécuté pour la Ligue des Droits de l’Homme. Au-delà de mes opinions politiques qui penchent clairement en faveur de la liberté artistique, essayons d’analyser les mécanismes psychologiques à l’œuvre dans cette situation. Avertissement : les statistiques mentionnées dans cet article ne visent pas à mettre les souffrances des uns et des autres en compétition. Ce sont des outils permettant de vous offrir une perspective plus complexe et plus rigoureuse sur la situation.

 

1/ Injustice indicible et justice imparfaite

Crevons l’abcès de suite : il serait parfaitement légitime que la famille Trintignant souhaite la mort de Bertrand Cantat. Je ne dis pas que c’est leur position mais je dis que ce serait une réaction parfaitement humaine. Nous ne sommes pas tous égaux devant le pardon et il n’y a rien de pire que le chantage aux bons sentiments. Je ne dis pas non plus qu’une société où tout le monde se fait justice soi-même est une société fonctionnelle, et si vous en doutez je vous invite à revoir la trilogie du Parrain. Regardons les choses en face : si un de nos proches décédait après dix-neuf coups de poing, nous serions nombreux à souhaiter la mort de la personne qui a donné les coups. C’est précisément parce que la vengeance est un réflexe naturel chez beaucoup de sapiens que notre société, comme tant d’autres, rend la justice à travers des institutions neutres, détachées de l’aspect émotionnel des crimes qui sont jugés. Malgré la relative mise à distance de l’affect, cette solution reste imparfaite pour deux raisons. La première, c’est que la justice est rendue par des humains sujets aux biais cognitifs. Comme le rappelle Daniel Kahneman dans Système 1 / Système 2, le taux de glucose dans le sang d’un juge influe la sévérité de ses verdicts. Glaçant, n’est-ce pas ?

 

Cette excellente vidéo de Science4All (c’est un pléonasme) revient sur les facteurs qui influencent les décisions de justice.

 

La deuxième raison, c’est que la justice n’est qu’une réaction à des faits souvent irréparables. Aucune condamnation ne ramène les morts à la vie. Et même dans le cas où les préjudices semblent purement matériels, la réparation risque d’être incomplète. Prenons un exemple : un beau matin vous découvrez que votre voiture a été dérobée. Deux jours après que vous ayez déposé une plainte au commissariat, la police vous téléphone. Votre véhicule a servi de voiture bélier dans un braquage, mais la bonne nouvelle c’est que les malfaiteurs ont été arrêtés. Ils seront condamnés pour leur larcin et vous serez dédommagés (par un fond public d’indemnisation si les malfaiteurs sont insolvables). Le procureur réclamera plus qu’une réparation basée sur la côte de votre voiture à l’argus, il tiendra compte du préjudice moral subi : avoir manqué un jour de travail faute de véhicule, avoir passé le second jour coincé dans une grève SNCF en craignant la sanction de votre employeur (le monde du salariat est parfois kafkaïen) ; l’angoisse de vous demander si vous alliez récupérer votre bien et dans quel état ; la contrariété d’avoir dû investir dans un nouveau véhicule alors que vos finances n’étaient déjà pas dans le vert. Comment chiffrer cette angoisse ? Et surtout, recevoir la somme deux ans après les faits n’enlève rien à l’anxiété qui vous a plombé le moral pendant plusieurs jours, peut-être pendant plusieurs semaines si vous êtes de nature anxieuse ou hypersensible.

La justice humaine est une tentative de rattrapage, et pour cause : le concept de justice est une construction de l’esprit humain. À moins de croire en un dieu taquin ou en un cycle de réincarnation, comment justifier qu’un individu naisse au moyen-âge en pleine épidémie de peste bubonique quand un autre voit le jour dans une famille de cadres occidentaux à l’ère d’internet ? Une telle différence entre leur espérance de vie est injuste, car la vie est injuste. Cela ne nous empêche pas d’œuvrer pour un monde qui, d’après nos critères anthropocentriques, soit plus juste. Toute la question est de définir cette justesse.

Nous voici donc face à un individu qui a purgé une peine de prison dans le plus pur respect de la loi, forcément imparfaite. Vous pouvez tout à fait considérer que sa peine fut trop légère. Personnellement je n’ai pas d’opinion sur la question, je ne connais pas assez le dossier. Ce qui m’amène à un autre constat sur la nature frustrante de notre expérience du monde : la « justice » et plus largement la connaissance se heurtent au mur du doute. Violence psychologique invérifiable, parole contre parole, pression médiatique et politique aboutissant à des erreurs judiciaires… nous ignorons souvent le déroulement exact des faits quand il s’agit de « rendre justice ». Dans le cas du décès de Marie Trintignant nul ne nie la culpabilité de Bertrand Cantat, mais malgré l’obligation de suivi psychologique respecté par le chanteur après sa libération, des suspicions de violence à l’encontre de la défunte Krisztina Rády planent sur lui. Le tragique événement de Vilnius est le seul acte de violence ayant entraîné la mort dans le parcours du chanteur et cela, au même titre que la tentative de suicide qui a suivi, rend plausible l’idée qu’il s’agit bien d’un unique moment de folie (j’emploie le mot « folie » pour souligner  le caractère compulsif du passage à tabac). Cependant, on peut toujours imaginer que sa tentative de suicide était une mise en scène – hypothèse très peu plausible vu son état d’intoxication – et que l’homme est un habile manipulateur pervers qui s’est joué du psychologue qui le suivait. La seule chose qui est sûre, c’est qu’à moins de le suivre pour une expertise psychiatrique au long cours, il est extrêmement difficile de démêler le vrai du faux et de se faire une idée de son accès à l’empathie ou de son déni.

 

2/ Applaudir l’assassin, un effet de halo

Ce qui m’amène aux reproches répétés encore et encore par les féministes qui veulent l’empêcher de « se faire applaudir ». C’est un des motifs invoqués par Nadine Trintignant et par les collectifs qui se rassemblent devant les concerts de l’ancien chanteur de Noir Désir : « on applaudit un assassin ». Autant je peux comprendre qu’il se résume à cela pour Nadine Trintignant en raison de la charge émotionnelle de l’événement, autant cela demeure un effet de halo. L’effet de halo est un biais cognitif consistant, pour faire simple, « à aimer ou à détester tout en bloc chez une personne – y compris des choses que vous n’avez pas observées » (Daniel Kahneman, Système 1 / Système 2). L’effet de halo consiste ici à réduire Bertrand Cantat à un seul acte : il a tué Marie Trintignant. L’occasion de rappeler que la justice lituanienne a écarté « l’intention d’homicide » lors du verdict. On peut spéculer sur le fait qu’au cœur d’une explosion de rage un être peut sincèrement souhaiter la mort de quelqu’un, même si cette pensée ne dure que quelques secondes et qu’elle est suivi de remords. On peut se demander à partir de combien de secondes il y a légalement intention de donner la mort. On peut aussi se rappeler que certaines personnes perdent conscience de leurs actes lors des accès de rage et que certains stupéfiants, l’alcool notamment, provoquent des amnésies rétrogrades. Là encore, les données nous manquent pour savoir si le verdict était juste.

 

Présentation de l’effet de halo  (sans les inexactitudes énoncées par David Louapre dans son Science Étonnante sur le sujet).

 

Toujours est-il que si l’on ferme les yeux sur l’effet de halo, que l’on accepte de définir Bertrand Cantat comme un assassin et rien d’autre, il faut se poser la question suivante : le public qui se rend à ses concerts a-t-il l’intention d’applaudir un tueur ? Tout est question de cadre mental, et un recadrage serait le bienvenu. Admettons que quelques personnes particulièrement malsaines se rendent aux concerts pour « voir de leurs yeux la bête curieuse, le monstre tueur de femme » ou tout autre formulation sensationnaliste. Admettons que d’autres personnes encore plus détraquées prennent plaisir à applaudir « l’homme qui a tué Marie Trintignant » au point de débourser 50 euros pour une place de concert (il y a bien des gens qui se masturbent dans les transports publics, alors soyons fous). Pourquoi imaginer que ces personnes aux mœurs douteuses représentent ne serait-ce qu’un dixième de l’audience du chanteur bordelais ? C’est là un biais des manifestants anti Cantat : son public vient l’applaudir pour sa musique, pour son interprétation scénique. Peut-être aussi, avec un effet de halo tout autant réducteur que celui des manifestants mais inversement positif, pour applaudir « un homme qui s’est relevé d’un drame, qui persévère dans la création artistique après quatre années de prison et des invectives répétées à son égard ». Mais applaudir un assassin ? Non.

 

3/ La censure, arme de l’impuissance argumentaire

Le fait que Bertrand Cantat ait encore une audience montre l’échec de la récupération politique d’un drame avant tout humain. Vous êtes vous demandé pourquoi des féministes réclamaient l’interdiction de ses concerts au lieu d’appeler au boycott dans le respect de la liberté d’opinion, de la liberté d’expression et de la liberté artistique ? Parce que leur appel au boycott n’aurait aucun succès. Je ne m’intéressais pas beaucoup à Noir Désir, je ne m’intéresse pas à la carrière ultérieure de Bertrand Cantat, mais visiblement plusieurs milliers de personnes continuent d’apprécier son travail artistique. Et si elles ne sont pas hantées par le drame de Vilnius à chaque écoute, tant mieux pour elles. Face à l’inefficacité d’un appel au boycott, que fait celui qui veut imposer son opinion sans respecter l’altérité ? Il fait interdire, délicieuse atteinte à la liberté de son prochain. Vous apprécierez la pertinence qu’il y a à défendre les droits humains en portant atteinte aux droits humains.

Il est intéressant de débattre de l’inévitable contradiction qu’il y a bombarder un pays pour défendre la démocratie ou à faire interdire un artiste qui ne tient aucun propos sexiste dans ses chansons. À ce propos je remarque que Bertrand Cantat, lui-même grand donneur de leçons politiques « de gauche », aurait gagné en cohérence à contrôler sa jalousie. Parce que niveau droits humains, les dix-neuf coups de poings sont un peu difficiles à justifier (à ma connaissance il n’a jamais été question de légitime défense dans cette histoire, même si certains rappellent – et c’est intéressant de le faire – que Marie Trintignant n’était peut-être pas la dernière à user de violence psychologique à l’encontre de son amant). L’écart entre les idéaux affichés et le comportement dans la sphère intime ne répond pas à mon besoin de cohérence. Le développement personnel est avec l’érudition scientifique ce qui manque le plus aux militants de tous bords. Je préfère que les humains aient des idéaux moins élevés et un comportement plus fonctionnel au quotidien… mais n’est-ce pas là un idéal bien ambitieux de ma part que de souhaiter aux gens d’être cohérents ?

 

4/ Le symbole des violences faites aux femmes ?

Ainsi donc, des manifestants féministes voudraient faire de Bertrand Cantat un symbole des violences faites aux femmes. Or, cela soulève deux problèmes. Même si l’on admet pour l’exercice que Bertrand Cantat se résume à un assassin, quels sont les éléments factuels qui permettent d’affirmer qu’il a battu Marie Trintignant par idéologie sexiste ? Est-ce qu’à un seul moment de son existence, Bertrand Cantat a tenu des propos sexistes ? Est-ce que dans une seule chanson ou même dans une conversation privée qui nous serait rapportée par un témoin, Bertrand Cantat a affirmé que la place des femmes était à la cuisine avec les enfants, qu’elles méritaient d’être moins bien payées que les hommes ou qu’elles avaient vocation à servir de sac de frappe à leurs maris par le pouvoir de la sainte phallocratie ? La réponse est non. Personne n’a l’ombre du commencement d’une esquisse de preuve factuelle qui permettrait de penser que Bertrand Cantat nourrit des idées machistes ou misogynes.

« Mais il a battu la femme qu’il aimait donc il est sexiste » me direz-vous. Je vous invite donc à prendre une profonde inspiration et à regarder les chiffres. Ils vont nous être utiles, bien qu’il soit très compliqué de mesurer avec exactitude les violences conjugales physiques – et je ne parle même pas des violences psychologiques. En France pour les années 2012 et 2013 cumulées, 547 000 personnes déclarent avoir été victimes de violences physiques ou sexuelles dans leur ménage. Sur ces 547 000 personnes dont il n’est pas précisé si elles évoluent dans un couple hétérosexuel ou homosexuel, 149 000 sont des hommes. Question : pensez-vous que ces hommes soient victimes de sexisme dans leur couple ? Réponse : dans certains cas oui, dans certains cas non, et il est impossible de faire la part des choses.

Sur le plan purement statistique, la probabilité que 100 % des personnes ayant agressé ces 149 000 victimes soient sexistes est infinitésimale. Il en va de même pour les 398 000 victimes de sexe féminin, malgré le recours à des concepts comme la « culture du viol » (non merci) et autre « domination masculine » visant à nier les différences entre individus. Soyons encore plus précis : quand une femme paranoïaque frappe son compagnon en vociférant que « les hommes sont tous des porcs », doit-on attribuer son passage à l’acte hétéro-agressif à la misandrie ou à la jalousie pathologique ? Bonne nouvelle pour les antisexistes, ce qui fonctionne quand une femme frappe son compagnon fonctionne aussi dans le cas inverse. Des gens qui ont des vies amoureuses dysfonctionnelles, il y a en a plein, et ils n’ont pas besoin d’un set de valeurs sexistes pour frapper leur partenaire.

Il est évident que chez certains hommes hétérosexuels violents la misogynie encadre la brutalité conjugale, voire la motive. Il est néanmoins impossible de connaître la proportion d’hommes concernés, sauf à partir du principe que tout homme se résume à un conditionnement social misogyne, grande marotte du social justice fascism. D’ailleurs, comment invoquer la misandrie dans les cas des violences conjugales homosexuelles ? D’après un document de l’association féministe belge FPS « la majorité des chercheurs s’entendent pour dire que la violence entre partenaires chez les couples homosexuels est devenue le troisième problème de santé en importance chez les gays et lesbiennes, et ce, après le sida et les abus d’alcool et de psychotrope ». (source http://doc.hubsante.org/doc_num.php?explnum_id=11067 ). Une lesbienne qui bat sa compagne serait misogyne ? Un homosexuel qui passe son compagnon à tabac le ferait par misandrie ? Là encore, si des cas de détestation de soi et autre « sexisme intériorisé » sont envisageables, ni la théorie des probabilités ni la psychologie sérieuse ne jouent en faveur de leur hégémonie. Il y a des femmes violentes et des hommes violents, il y a des hétérosexuels violents et des homosexuels violents, et en l’absence d’expertise psychologique leur seul dénominateur commun n’est pas le sexisme mais la brutalité à l’encontre de leur(s) partenaire(s) amoureux.

 

Psychologie d’un certain militantisme

Revenons-en à Bertrand Cantat. Il a battu une femme à mort, et en l’absence de motif sexiste la rigueur intellectuelle devrait orienter notre lecture du drame vers l’hypothèse d’une pathologie individuelle ou d’une relation amoureuse toxique. Or, les manifestants qui l’invectivent avant chaque concert ne militent ni contre la jalousie, ni contre la drogue ou la paranoïa. Ils ne proposent pas d’emprisonner les malades mentaux de façon préventive, et ils ne parlent pas du délicat sujet des violences lesbiennes. Ils ne combattent pas non plus les violences conjugales dont sont victimes les hommes quelle que soit la sexualité de ces derniers. Bref, ces militants féministes combattent les violences faites aux femmes et rien qu’aux femmes par des hommes et rien que des hommes.

On peut pas être sur tous les fronts, soit. Mais alors pourquoi faire de Bertrand Cantat un symbole quand plusieurs milliers de cas correspondant aux critères des manifestants sont recensés chaque année ? Parce qu’il a tué une femme me direz-vous. Certes, mais hélas il n’est pas le seul, elles étaient 136 à mourir sous les coups d’un partenaire ou d’un ex partenaire en 2015. « Parce que lui il monte sur scène et se fait applaudir », répéterez-vous encore. La question est : s’il était maçon, serait-il moins coupable de faire son travail ? Manifesteriez-vous contre le commanditaire qui aurait recours aux services de Bertrand Cantat pour se faire construire une maison ? Iriez-vous devant le chantier rappeler à ce commanditaire que rémunérer Cantat pour un ouvrage de maçonnerie c’est rémunérer un assassin ? Est-ce moins pire de donner de l’argent à un tueur que de l’applaudir ? Mais tout cela nous renvoie à l’imperfection de la justice et à l’effet de halo précédemment évoqués.

Parmi toutes personnes ayant tué une compagne ou une ex compagne, Bertrand Cantat est une cible de choix pour trois raisons. La première, c’est l’heuristique de disponibilité : pourquoi se mettre en quête d’un obscur cas de violence conjugale lesbienne quand on a un célèbre tueur de femme qui passe en ville ? Pourquoi utiliser psychologie et biologie pour étudier Bertrand Cantat en tant qu’individu quand internet regorge d’articles consacrés à l’oppression « systémique » des femmes ? Notez que l’expression consacrée n’est pas « violences faites à des femmes » mais « violences faites aux femmes », ce qui sous-entend que les femmes se réduisent à leur genre en dehors de toute subtilité, de toute particularité individuelle. Nous voilà face à un archétype simpliste mais cognitivement disponible, celui de l’homme violent pour cause de domination masculine. Pourquoi chercher la complexité quand la version simplifiée du monde est déjà à portée de cognition ?

La deuxième raison, c’est ce qu’on appelle en théorie des jeux les incentives. Un bon militant veut passer à la télévision. Pas pour que son visage devienne célèbre, mais pour que la cause qu’il défend soit médiatisée. Brandir la photo de Marie Trintignant devant le concert d’un mec qui a fait la une des Inrockuptibles, c’est bien plus rémunérateur en matière d’exposition médiatique que d’aller manifester devant la poissonnerie de Madame Michu, même si Madame Michu est battue par son poissonnier de mari (encore faudrait-il connaître la situation de Madame Michu, ce qui nous renvoie à l’heuristique de disponibilité).

La troisième raison, quant à elle, est terriblement ironique : Bertrant Cantat est de sexe masculin et Marie Trintignant était de sexe féminin. Autrement dit, les manifestants « féministes » qui voudraient que Bertrand Cantat ne monte plus sur scène obéissent à une grille de lecture basée uniquement sur le sexe des protagonistes. Une grille selon laquelle la Femme est une éternelle victime et l’Homme un éternel agresseur. Une grille de lecture sexiste tant à l’encontre des femmes qu’à l’encontre des hommes.

 

3 réflexions au sujet de « Bertrand Cantat, psychologie et politique face à l’indicible »

  1. Je partage en partie cette analyse, dans le sens où les protestations et demandes de déprogrammation sont vaines et même un peu ridicules.
    Toutefois, je trouve que vous passez un peu vite sur la mort de Krisztina Rády. Vous omettez par ailleurs le fait que des proches de Cantat ont confié il y a quelques mois qu’il avait déjà été violent bien avant Vilnius.
    Alors oui, Bertrand Cantat a purgé sa peine et a bien le droit de se réinsérer. Certes, il n’a jamais tenu de discours viriliste ou anti-féministe, mais on peut tout de même s’interroger sur ses relations avec les femmes, qui cadrent mal avec les discours donneurs de leçon qu’il pouvait tenir au plus fort de Noir Désir (ce que vous soulignez justement).
    Cette discordance entre les discours et les actes, en tant qu’admiratrice de Noir Désir, je l’ai vécue comme une trahison. Je me rappelle avoir écouté en boucle la chanson «Le Grand Incendie» après les attentats du 11 septembre 2001. Je me souviens d’un concert à Bruxelles le 22 avril 2002, soir où JM Le Pen passait au second tour et où le groupe demandait l’asile politique à la Belgique dans une ambiance électrique. Je suivais avec enthousiasme les propos hautement politiques de Cantat. Mais pour moi, tuer quelqu’un de ses mains, quelles que soient les circonstances du drame de Vilnius, c’est infiniment plus grave que toutes les saloperies qu’un Messier a pu faire dans sa carrière. Et je ne peux pas entendre une personne capable de déployer un tel niveau de violence donner des leçons de morale à la terre entière. Or, c’est ce qu’il continue à faire dans ses nouvelles chansons.
    Dès lors, même si je ne suis pas pour l’interdiction de ses concerts (après tout, personne n’est forcé d’aller l’écouter), je suis choquée qu’il n’ait pas de lui-même décidé de rester dans l’ombre, ne serait-ce que par respect pour les quatre enfants de Marie Trintignant.
    Ce serait intéressant, après avoir analysé les actions des militantes féministes, de donner votre point de vue sur son attitude à lui. Qu’en pensez-vous ?

  2. Je trouve l’article extrêmement pertinent. Je ne peux qu’adhérer à la grande majorité de ce qui est dit. Par contre, pour la connaissance du cas particulier qui nous occupe, je constate quelques lacunes dans cet article très bien mûri.
    La première, c’est que, contrairement à tous les hommes de loi, vous ne semblez pas accorder d’importance à la distinction entre assassinat, meurtre et homicide. Il y en a pourtant une et elle est fondamentale. Bertrand Cantat a commis un homicide (coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner). et l’appeler « meurtrier » ou « assassin » ne devrait pas être toléré.
    La deuxième lacune qui montre que vous n’échappez pas au lavage de cerveau médiatique concerne cette terrible manipulation de la vérité « 19 coups de poing ». Renseignez-vous et vous verrez que l’autopsie ne révélait en aucun cas que BC avait donné 19 coups de poing. A vrai dire, il n’y a aucune certitude qu’il en ait donné un seul… et le doute doit profiter à l’accusé. Les médecins légistes ont jugé crédible l’explication de Cantat selon laquelle il a donné 4 gifles. 4 gifles qui ont laissé 7 blessures au visage, car les bagues qu’il portait ont augmenté le nombre d’impacts pour les 2 gifles données du dos de la main. Les médecins légistes ont jugé crédible la thèse des 4 gifles, même s’ils ne pouvaient exclure qu’il y ait eu un coup de poing ou de tête.
    Comme vous le voyez, on est extrêmement loin des 19 ou 23 coups de poing dont on nous parle. Déformer la vérité pour la rendre encore plus glauque, voilà ce qu’on essaie de faire dans cette histoire. Le corps de Marie Trintignant présentait effectivement de très nombreux « coups » (à prendre de façon beaucoup plus large), mais là on parle de choses comme des lésions de prise sur les bras, qui accréditent l’idée d’une lutte, on a aussi parlé d’une ecchymose sur le cuir chevelu, qui correspond à une chute sur un plan mousse. Des choses sans gravité et qui n’ont rien à voir avec sa mort. Par ailleurs, Bertrand Cantat avait lui-même un bon nombre de ces « coups » sur le corps.
    Pour le reste, j’admire la logique implacable de votre raisonnement.

  3. On n’excuse pas Bertrand Cantat , bien que tous les deux étaient fortement alcoolisés, nous savons parfaitement qu’il y a eu bagarre , et dans un état étylique on peut reconnaître qu’on ne sait plus se contrôler , ni même avoir conscience de certaines gravités , comme ML le soulève , 4 gifles et non des coups de poing, d’ailleurs le juge le précise bien , les échymoses ne sont pas a attribuées à BC mais à la chute…Tous deux d’ailleurs étaient blessés , et pour revenir à ce que dit HEYHEY encore tout faux, aucune traces de brutalité n’a été relevées sur le corps de Kristina , ni même antérieures à son décès…Non BC n’était pas le monstre que l’on décrit, et tout cet amour est fortement balayé par ses parents …Là non ce n’est pas compréhensible ni acceptable, si c’est pour enfoncer le clou et en faire une bête sanguinaire …

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