Créer son entreprise quand on ne rentre pas dans les cases

5 raisons de créer son entreprise quand on ne rentre pas dans les cases

Publié le Publié dans Vie pro

Créer son entreprise est le rêve de beaucoup d’entre nous. Parce qu’être son propre patron semble répondre à notre besoin de liberté, parce que travailler pour soi est plus gratifiant que de travailler pour les actionnaires d’une entreprise qui n’est pas la nôtre, et parce que pouvoir dire « je suis entrepreneur » dans les soirées mondaines c’est la classe.

Il est vrai que l’entrepreneuriat est à la mode depuis quelques années, génération startup oblige. Mais au-delà de l’appât du gain inhérent à toute création d’entreprise – appât du gain parfaitement légitime, je le rappelle – et du phénomène de mode, quelles sont les bonnes raisons de créer son entreprise lorsque l’on a un parcours atypique ?

1. Optimiser la gestion et la jouissance de votre temps

C’est une réalité : les rythmes de travail 9h-18h sont inadaptés à la plupart des Homo Sapiens. Que ce soit parce que vous êtes du soir plus que du matin ou parce que vous pouvez fournir des efforts intenses mais sur quatre heures d’activité seulement, le « temps plein » qui est la norme depuis la révolution industrielle est une hérésie. Certaines personnes sont du matin, d’autres du soir, et la quasi intégralité gagnerait à pouvoir faire la sieste dans de bonnes conditions. Rester deux heures devant un ordinateur pour faire son quota d’heures de présence alors qu’on est proche de la productivité zéro, c’est une perte de temps et c’est mauvais pour le moral. À moins de vouloir tenir une boutique qui a pignon sur rue, être votre propre patron implique la liberté de travailler en harmonie avec vos capacités. Comment imaginer qu’il soit sain de faire autrement ?

2. Se libérer des parasites

Ne soyons pas dans un discours dramatique : des entreprises où il fait bon vivre, il en existe. Représentent-elles la majorité du tissu économique francophone ? Absolument pas ! Entre les collègues qui n’ont pas les compétences demandées par leur poste – merci cher principe de Peter – et ceux qui ont des comportements toxiques sur le plan relationnel, être salarié vous impose régulièrement de cohabiter avec des individus qui vous font perdre un temps et une énergie précieuse. Je le rappelle une fois de plus, le temps est une richesse plus précieuse que l’argent car contrairement à ce dernier elle ne se stocke pas. Et pour jouir de son temps de façon optimale, il faut l’énergie qui va avec. Devenir entrepreneur c’est choisir son écosystème humain : choisir ses clients, choisir ses fournisseurs, et choisir ses éventuelles recrues.

3. Les recruteurs français sont immatures

Selon une étude de l’Apec rendue publique le 1er Octobre 2015, 38 % des jeunes diplômés de niveau Bac+5 étaient encore en recherche d’emploi un an après l’obtention de leur diplôme. Que pouvons-nous espérer pour les Bac+3 ou les Bac+4 ? Sûrement pas mieux. Non seulement les recruteurs veulent du Master sinon rien, mais si possible obtenu dans une école prestigieuse. Ils utilisent même des logiciels pour filtrer les candidatures sur la base de ces mots-clefs. S’il est aisé de trouver un premier emploi au sortir de l’Essec, ce ne sera pas aussi facile avec votre Master en Médiation Culturelle obtenu à l’Université d’Aix-Marseille. Ce sont d’ailleurs les ingénieurs et les diplômés d’école de commerce qui ont le plus fort taux d’emploi d’après cette même étude. Au-delà des statistiques, il suffit de parcourir quelques offres d’emploi pour admirer la dimension kafkaïenne du marché du travail. Créer son entreprise, c’est se rendre indépendant de la myopie de ces recruteurs.

4. Les employeurs français sont immatures

Je vous ai parlé de l’aspect kafkaïen du marché de l’emploi ? Et bien il ne représente qu’une partie de cette immaturité. Dans un pays qui compte plus de 6 500 000 chômeurs, pourquoi être raisonnable ? Demandons donc une expérience maximum pour un salaire minimum. Exigeons proactivité, sang-froid, références, souplesse-autonomie-travail-en-équipe et diplomatie en contre-partie d’un CDD. Nous attendons de vous que vous soyez dévoués à une entreprise qui pourra néanmoins vous mettre à la porte du jour au lendemain, y compris en inventant des fautes professionnelles fictives – remercions Macron pour son plafonnement des indemnités prud’homales, cela nous permet de budgétiser nos petites manigances. À cet infantilisme consistant à demander tout en n’offrant rien s’ajoute l’archaïsme des techniques de management – combien de décideurs ont réellement lu Liberté et Cie de Getz et Carney ? Créer votre entreprise c’est pouvoir faire les choses intelligemment sans dépendre d’une hiérarchie incompétente et des caprices d’entreprises devenues des enfants rois.

5. Vivre de votre passion et retrouver du sens à ce que vous créez

Vous serez toujours plus efficace en faisant un travail que vous aimez. Or, même en ayant suivi des études liées à notre projet de vie, le milieu salarial apporte son lot de déconvenues. Dans sa FAQ la Développeuse du Dimanche explique comment après des études de game design elle a fini par quitter son poste au sein d’une grande entreprise de jeu vidéo pour se lancer seule dans l’aventure du développement indépendant. On peut faire une école de musique aussi prestigieuse que le Berklee College of Music et se retrouver à composer des musiques de publicités pour l’industrie laitière alors qu’on désirerait travailler avec Christopher Nolan. Que vous soyez en désaccord avec les processus de fabrication ou avec le produit final, même dans le secteur d’activité que vous visez depuis le début de vos études le salariat peut devenir une prison vide de sens.

6. Bonus : entreprendre n’est plus synonyme d’isolement

Pépinières d’entreprise, coworking ou meet-up, si aucun de vos proches ne s’investit dans une création d’entreprise vous serez malgré tout entouré-e. Même si vous êtes du genre loup solitaire – c’est mon cas – il est fondamental que vous puissiez parler de vos projets avec des personnes partageant votre état d’esprit et ayant de l’empathie pour ce que vous vivez. L’entrepreneuriat est tout sauf un long fleuve tranquille, et comme le dit Oussama Ammar « quand on est entrepreneur on finit interdit bancaire au moins une fois dans sa vie ». Si comme moi vous avez la chance d’avoir des ami-e-s qui vous supportent, écoutent patiemment vos projets autant que vos déconvenues, tant mieux. Sinon, il y a la lente mais précieuse construction d’un réseau. L’entourage et le réseau restent d’ailleurs complémentaires.

7. Bonus : créer son entreprise c’est révéler votre univers et le faire découvrir aux autres

Quand on pense création d’entreprise on pense parfois à des schémas (un peu trop) classiques. Ouvrir un commerce de proximité ou devenir le fabricant/fournisseur d’obscures machines industrielles destinées à un marché business to Business. Fort heureusement, entre l’infopreneuriat et l’engouement de la Génération Y pour la customisation, le champ des possibles est vaste. Que vous soyez une musicienne désireuse de vivre de sa passion en ouvrant un site pour donner des cours de musique en ligne ou un graphiste déterminé à customiser des t-shirts pour les expédier à travers le monde, le webmarketing vous aidera à faire connaître votre univers créatif à des acheteurs potentiels.

Certes, la mode est également au développement d’applications pour supports mobiles, mais les moyens technologiques évoluant sans cesse le plus important est l’idée derrière. Quelle intuition issue de vos propres turpitudes de consommateurs allez-vous transformer en entreprise ? Quelle passion allez-vous commercialiser, brut de décoffrage ou en la combinant avec une dimension plus corporate ? Vous faites du stand-up ? Allez-vous proposez du coaching pour stand-up artist aux particuliers ou des formations en entreprise autour du team building par le théâtre ? Les gens ont besoin d’authenticité, et l’ouverture progressive des esprits fait de votre univers votre richesse. L’originalité et l’authenticité sont les valeurs ajoutées de demain.

8. Bonus (et conclusion) : jouez avec vos règles et retrouvez l’éthique

Si vous avez été salarié ou fonctionnaire, vous avez déjà vécu cette scène : face à vous, un interlocuteur victime d’une décision inique, qu’il s’agisse d’un défaut de paiement, d’une marchandise égarée ou d’un process kafkaïen qui va lui faire perdre une semaine de travail sur une tâche qui pourrait être accomplie en une heure. Vous êtes chargé de clientèle, directeur des achats, manager, peu importe. Et bien que vous considériez la plainte de votre interlocuteur absolument légitime, bien que vous trouviez tout autant que lui la situation inique, vous êtes contraint de lui répondre « ce n’est pas moi qui décide ». Entreprendre, c’est aussi reprendre le contrôle maximal sur le pourquoi et le comment de votre activité. Il restera sans doute des impondérables, l’argent, le trésor public, l’état français, mais tous les autres disparaîtront. C’est vous qui décidez ce que vous offrez à votre prochain, à quel prix vous le vendez. C’est vous qui décidez de la politique des retours clients, des rythmes de travail, et de la qualité du produit. Fini les bullshit jobs, fini le brown-out. Vous faites ce qui est juste autant que ce qui est efficace, et la réalité vous renvoie un feedback pour savoir ce que vous devez ajuster. Trial and error. Die and retry.

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